Un voyage à travers la mémoire vivante des villages d’al-Andalus dans la région cordouane du Guadajoz
Carmen avait entamé de bonne heure son itinéraire de randonnée, suivant le cours du fleuve Guadajoz et parcourant un tronçon du Chemin Mozarabe. Elle marchait seule, avec pour seule compagnie le murmure constant du fleuve, le souffle du vent dans les feuilles des arbres et les discrets bruissements de la faune parmi les branches et les roseaux.
À midi, elle atteignit le Pont de Pierre, aux abords de Baena. Le fleuve s’écoulait paisiblement entre ses berges renforcées, et les eucalyptus offraient une ombre fraîche et pure.
Là, elle s’arrêta. Elle étendit sa couverture sur le sol et sortit avec soin le repas que sa mère lui avait préparé avec amour : une salade d’aubergines et de courgettes parfumée à la coriandre et aux agrumes, et de petits rouleaux de miel fourrés de fruits secs. «Mange lentement et savoure —lui avait-elle dit—. Ce sont des recettes d’époque andalouse, comme celles que l’on dégustait il y a des siècles au bord de ce même fleuve. »
Alors elle mangea sans hâte, laissant chaque bouchée la rapprocher un peu plus de cette époque lointaine.
Les aubergines, légèrement dorées, tendres et douces, se mêlaient à la fraîcheur des agrumes ; la courgette, avec sa texture fraîche et presque croquante, apportait de la légèreté, et l’ensemble était enveloppé du parfum vert de la coriandre. Puis vinrent les rouleaux : le croustillant de la pâte feuilletée et la douceur du miel de fleur d’oranger se combinaient parfaitement avec la note terreuse des fruits secs.
Le ventre rassasié, Carmen se laissa envelopper par la fraîcheur de l’ombre tandis qu’une douce brise caressait son visage. Elle s’allongea. Respira profondément. Le murmure de l’eau, le léger craquement des branches, la senteur subtile de cannelle encore sur son palais…
Ses paupières s’alourdissaient de plus en plus et, en quelques minutes, elle s’endormit.






